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mardi 18 août 2015
par  sylvain
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Le décès de mon père me fit l’effet d’une révélation. Toute sa vie, il avait mis en avant son dynamisme, ses conquêtes et son travail de cadre par opposition à ma vie de fonctionnaire célibataire.

Et maintenant, il était mort. Je décidais de m’offrir un voyage lointain et dépaysant. La Thaïlande, par exemple, car les prostituées Thaï ont gardé le cœur à l’ouvrage, le goût de la fellation bien faite.

C’est pendant ce voyage, en compagnie de beaufs en quête d’émotions faciles, que j’ai rencontré Valérie. Elle travaillait chez un tour operator, et cherchait au travers de ce voyage les éléments clé pour plaire au public.

Vite, notre relation connût une certaine plénitude. Elle était intelligente, belle, et surtout sensuelle. J’adorais son sexe, faire l’amour avec elle, avec ou sans une autre femme. Et par dessus tout, j’aimais sa compagnie.

Je peux dire que c’est moi qui ait eu l’idée des clubs libertins, dans notre esprit d’abord destinés à permettre un certain confort à la prostitution dans ces pays ou elle était tolérée par les locaux, et recherchée avec ardeur par les touristes.

Et ce sont eux, Valérie et son chef, qui en firent la mise au point, la promotion, la vente et la mise en œuvre. Ce fût une réussite commerciale sans précédent. Un taux de remplissage à faire pâlir la concurrence, rude dans ce secteur économique. Jusqu’à ce jour ou un club fut pris pour cible par des barbus en mal de pureté.


Commentaires

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jeudi 27 août 2015 à 23h27 - par  sylvain

Plusieurs thématiques récurrentes de l’auteur, dans cet opus.

D’abord, la faiblesse des hommes par rapport aux femmes. Un peu comme dans "Les particules élémentaires", c’est la femme qui mène la danse, qui révèle à l’homme ce qu’il est, soit par le refus, soit par la consommation irraisonnée, au point d’en oublier l’être qui se cache derrière les orifices.

Ici, c’est elle qui d’une part donne sens à la vie du narrateur, d’autre part réalise les vagues orientations de son chef. Avec opiniâtreté et réussite. Et sans chercher à en tirer gloire. Et c’est la disparition symbolique de celle-ci qui annonce la fin de l’histoire.

On pourrait probablement chercher le parallèle à Marie, creuset du christianisme et donc en partie de notre civilisation, et pourtant esclave d’une oppression machiste (quelle que soit la religion du Livre, d’ailleurs).

Ensuite, et cela va bien évidemment de paire, l’importance de la sensualité dans la qualité de notre vie. D’abord à la recherche d’une sensualité de bon acabit via des relations tarifées, le héros découvre d’un coup (ha ha) la plénitude d’une relation assumant sans fausse pudeur l’importance des aspects charnels, de la découverte du corps de l’autre, de la découverte à deux d’un autre corps, de la jouissance qu’on peut tirer de chaque millimètre carré de peau ou de muqueuse.

Et donc, en corolaire, la frustration générée dans notre monde par l’usage immodéré de l’image des corps, magnifiés dans la pub, résumés à des orifices gémissant et dilatés dans le porno, atteignant des jouissances effrénés dans le charnel chic du type Grey qui s’oppose à la misère moyenne des vies sexuelles que l’on peut prêter à sa voisine (ou voisin, pas de sectarisme) de siège dans le métro, personnes grisâtre dont le corps flasque évoque plus l’onanisme triste que la luxure de groupes.

Avec pour conséquence l’hypocrisie collective du refus de constater les formes de contournement de ces frustrations, religieuses d’abord (c’est un intégriste qui s’oppose à ces nouveaux types de voyages organisés), sociétale ensuite, puisque le corps social approuve non pas l’acte qui s’oppose à la libération de ces refuges à prostitution, mais approuve largement sa justification et sa conclusion.

Plus profondément, il y a un pessimisme profond chez M. Houellebecq, qui montre par touche successives, à chaque opus, que l’atteinte d’un bonheur terrestre ne se fait que par le renoncement à des valeurs, alors que l’élévation de l’homme, via l’art ou l’ascèse, ne peut se faire que par le renoncement à toute forme de plaisir charnel, à tout le moins en cantonnant cela à sa juste proportion de besoin.

Certes, c’est finalement un peu triste, comme idée, très urbain, très conservateur en ce sens que cela prolonge le message délivré dans la plupart des lieux de culte occidentaux (les orientaux semblent moins bornés, sur ce plan).

Mais c’est magnifiquement écrit, et très agréable à lire.

Et de façon surprenante, assez loin de la personnalité apparente de M. Houellebecq lorsqu’on l’écoute à la radio, ou qu’on découvre des parties de ses poèmes.

Peut être faut-il alors chercher un sens encore plus enfoui dans les opus, une glorification de l’Homme dans son animalité (F. Dard aurait parlé de glandulaire). Mais je n’ai pas encore trouvé.