L’art de perdre

mercredi 13 juin 2018
par  sylvain
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En Algérie, dans une province Kabyle, Ali est devenu un notable du village, ayant trouvé dans sa jeunesse un moulin à huile, et ensuite combattu dans les armées de la République pendant la grande guerre. Pas un grand notable, pas un Bey, mais quelqu’un qu’on écoute et qu’on respecte.

Aussi, lors des événements, il doit prendre position, aider le village, sa famille, ses proches et même quelques uns qu’il n’aime pas, et communiquer avec ceux qui deviennent l’ennemi : les français. A son corps défendant, et plutôt pour le bien de tous.

Lors de l’armistice, cela lui est fatal, et on lui signifie que c’est le départ ou la mort. Ali embarque pour la France, cette patrie lointaine qu’il a toujours servi.

Marseille, puis les camps de travail, regroupant quelques familles de "harkis", méprisés alors qu’ils travaillaient là ou aucun autre ne voulait aller, et, surtout, malgré les médailles gagnées pour la France lors des mêmes combats que les autochtones..

Puis l’usine, ou l’expression "un travail d’Arabe" cachait le désarroi et partant le manque de goût pour un travail bien fait d’une communauté qui n’avait pas choisi son avenir et se trouvait à la fois privé de racines et de futur.

Viennent les nouvelle générations, dont la réussite à l’école devait marquer la réussite de l’intégration, mais qui in fine n’a fait que creuser le fossé entre la génération née en Algérie, inculte des savoirs métropolitains, et celle locale, francisée au point de ne plus savoir quelle est son histoire.

Et Leila, celle qui s’est émancipée, qui mène une vie libre sur tous les plans, qui travaille dans une galerie d’Art parisienne, mais que son passé intrigue sans qu’elle n’assume cette recherche, lassée des pleurs ou des tristesses étriquées de sa mère depuis la mort d’Ali.

Mais Neima, qui va repartir au Pays à l’occasion de la préparation d’une exposition, redécouvrir ce qui reste de la famille au Pays, peut être pour recréer le lien tellement essentiel entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés.


Commentaires

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mercredi 15 août 2018 à 19h51 - par  sylvain

Encore une fois, c’est beau à mourir, bien écrit, sensible et agréable.

Il n’y a pas d’exégèse à faire, l’histoire se suffit à elle même pour exprimer le désespoir des déracinés qui ont doublement tout perdu : un pays en quittant l’Algérie, le bonheur en arrivant en France.

Il a fallu trois générations pour remettre cela dans l’ordre (à peu près), c’est ici magnifiquement exprimé.

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