La deuxième femme

dimanche 8 mars 2020
par  sylvain
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Sandrine ne s’aime pas. Trop grosse, trop moche, enfin pas assez, mais sûre de ne pouvoir trouver personne. De toute façon, ses parents le lui avaient dit, depuis qu’elle était petite.

Elle a bien essayé, mais les deux hommes avec qui elle a partagé un peu d’intimité n’ont pas donné suite. Alors elle vit seule, et tue les soirées en regardant la télé. C’est comme cela qu’elle a vu l’homme qui pleure, l’homme dont le chagrin d’avoir perdu sa femme était si fort.

Sandrine est allée à la marche pour essayer de retrouver Caroline, cette femme disparue, elle a pu approcher l’homme qui pleure, lui parler. Il était gentil, presque attentionné.

Quelques mois plus tard, c’est lui qui l’a retrouvée, et qui l’a invitée au restaurant. Il était si seul et malheureux qu’elle a fini dans son lit assez vite. Puis chez lui. Elle est devenue la belle-mère du petit Mathias, l’enfant de la femme disparue.

Les jours ont passé, l’homme qui pleure n’est pas toujours aussi gentil que le premier jour, souvent, c’est un autre, l’officiel, M. Langlois, qui alterne dureté et gentillesse, puis méchanceté et excuses. Surtout que la première femme a été retrouvée, vivante en Italie. Vivante, mais sans mémoire. Alors elle vient à la maison, pour essayer de se souvenir.

La vie de Sandrine se réduit. Entre le retour de la première femme et la dureté de M. Langlois, l’homme qui pleurait et qui l’avait séduite n’est plus souvent là.

Heureusement, il y a peut être une façon de s’en sortir.


Commentaires

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mercredi 11 mars 2020 à 12h47 - par  sylvain

Et bien voici un opus qui surfe intelligemment sur l’air du temps.

Il faut néanmoins reconnaitre que, même si l’intrigue est cousue de fil blanc, l’emprise de cet homme sur ces femmes est très bien rendue. Et que l’on suit de l’intérieur le cheminement de cette femme d’abord vers l’abandon, puis vers la révolte et l’émancipation.

Il s’agit donc d’un livre qui se veut "engagé", car dénonçant pelle-mêle le système patriarcal, l’incurie amoureuse des hommes, l’emprise au sein de certains couples et la difficulté à en sortir, le manque d’aide de la part de la société quant à la gestion de la violence de certains.

Tout cela est manifestement vrai, bien que probablement d’une importance comparable, en terme de chiffres, aux morts par malnutrition (Mac Do et consorts), par exposition à des produits nocifs (dont les agriculteurs), et probablement également d’un ordre de grandeur inférieur aux morts de migrants et de migrantes à nos portes (sans compter ceux qui meurent chez eux).

Et surtout, sans qu’on entende autre chose que ce sempiternel "il faut que cela cesse !", qui pour moi raisonne comme "Messieurs les hommes, occupez vous en", sans proposition d’actions concrètes pouvant être mises en place.

Il me semble pourtant que des choses simples pourraient se faire, comme imposer une mixité dans tous les cursus de formation. Oui, imposer, et oui, tous les cursus. Le début serait douloureux, j’imagine, tant pour les jeunes femmes obligées de suivre des cursus présumés masculins que pour les jeunes hommes symétriquement affectés. Mais en quelques années, cela deviendrait normal.

Ou des cours spécifiques, de l’école maternelle à l’ENA, sur l’égalité des droits et sur la gestion des situations d’inégalité. Enfin, la mise en oeuvre de peines lourdes pour les fauteurs de slogans racistes ou anti-féministes, comme la révocation des policiers s’en étant pris de façon sexistes à des militantes féministes.

Ou bien encore donner quelques mois à une grande entreprise pour féminiser son COMEX, ou mettre en oeuvre un plan d’égalité, sous peine de se voir boycottée. La rumeur veut que les femmes fassent les courses, on peut donc facilement commencer par les entreprises de l’agroalimentaire, le reste suivra.

Et surtout, conserver toujours une parité dans la réalisation de ces actions. J’ai en mémoire une action de sensibilisation à l’industrie qui avait été montée par des collègues. Il s’agissait de montrer à de jeunes filles devant déterminer leur cursus d’études que l’industrie était un choix possible. C’est bien sûr une bonne chose. Ce qui m’a choqué et déçu est que ces collègues avaient choisi de monter cette action "entre femmes", sans intervention d’hommes. J’ai trouvée cela malsain.

Pour conclure, le féminisme est évidemment l’une des bonnes causes qui peuvent encore faire progresser notre monde vers plus d’harmonie. Mais ce n’est pas la seule. Et il me semble urgent de passer d’une culture de la dénonciation (à visée parfois douteuse ou commerciale) à une culture de l’action.

En ce sens, Mme Foresti et sa relation au César de Polanski, et bien sûr Mme Greta Thunberg, nous montrent la voie. Elle sera belle si nous la parcourons ensemble.

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