Les jolies choses

samedi 15 janvier 2011
par  sylvain
popularité : 36%

Claudine est belle. Elle aime séduire, qu’on la désire. Elle voudrait réussir, être riche, adulée. Mais en fait, elle est conne, se fait baiser, par tous les trous, par tous les hommes qui passent à sa portée, et elle vit une vie de merde. Nicolas, le vrai copain, celui à qui on dit tout et qui ne vous pénètre pas pour autant, est peut être son seul refuge.

Pauline est la jumelle de Claudine, mais l’absolue opposée. Fidèle à Sébastien, rebelle, plutôt intellote, sans compromis. Au point de sembler moche. Il faut dire que, toutes jeunes, c’était ça que le père préférait. Une fille intelligente, qu’on pouvait exhiber en étant fier. Sauf que ça avait changé avec l’adolescence et la pousse des seins. Là, c’est Claudine qui avait eu le dessus. Haine.

Claudine voulait faire un disque, mais elle ne savait pas chanter. Pauline a une vraie voix. Alors Claudine appelle Pauline, et l’envoie, à sa place, pour le premier concert. Claudine fait les relations sociales, elle suce les producteurs, et c’est Pauline qui va sur scène. Pas juste. Suicide. Out, Claudine.

Sauf que Pauline a pris envie. Elle ressemble, donc remplace. C’est Claudine qui est passée par la fenêtre, mais c’est Pauline qui est morte. Ça fonctionne, avec l’aide de Nicolas. Et Pauline devient Claudine, l’intelligence en plus. Elle se fait sauter par le boss de la production, mais elle fait son disque. Qui marche. Sébastien, lui, s’en va. Douleur, tolérable, finalement, car Sébastien, c’est un peu comme son père. Un homme fier, mais fier de quoi ? Le boss au moins, une fois qu’il a compris qu’elle a un cerveau, deviendrait plus un coach.

Coke, partouzes, fric. Pauline est le rêve de Claudine, est Claudine. Et se rend finalement compte qu’il serait mieux de tous les faire payer, puis de partir ; assez loin, vivre tranquillement avec Nicolas, sans contraintes. D’autant qu’il ne rêve que de lui bouffer la chatte.


Commentaires

Logo de sylvain
lundi 17 janvier 2011 à 21h32 - par  sylvain

3 choses amusantes, dans cet opus.

D’abord, le rapport au père de ces 3 femmes, ce père, imbuvable imbécile, fier de sa masculinité mais totalement incompétent à toute relation sociale. La mère, inexistante et terrorisée, en totale résignation. Et les deux filles, qui plaisent à tour de rôle, jeunes par l’intelligence, ado par la séduction. Le destin des deux filles se lit dans cette jeunesse, au point qu’il se pourrait en fait que Pauline et Claudine ne soient que les deux faces d’une même personne, certes un peu schizophrène, qui se retrouverait au fil de l’avancement du livre. La construction d’une femme pleine et entière, comme oubli de la jeunesse et du rapport au père...

Puis le rapport aux autres hommes. Pauline a Sébastien, qui la maintien dans son état de jeune femme dépendante du regard de l’autre. Ils s’aiment en se regardant, sans regarder ensemble dans la même direction, comme qui dirait. Pauline vit en fait une fausse indépendance, ayant troqué le regard du père par le regard d’un autre. Claudine, elle, séduit. Elle a comme atout son physique, et très vite, sa chatte. Elle en use et en abuse. Elle ne regarde en fait personne, et personne ne la regarde réellement. Encore antithétiques, les jumelles. La construction d’une femme pleine et entière, comme évitement des hommes ressemblant au père...

Et puis les deux hommes différents, ceux qui sont positifs : le boss, qui les baise, mais qui finalement, ne cherche qu’une chose : un exutoire à son désir d’aimer, de conseiller. Et qui sera content, en fait, quand il comprendra que les baiser ne sert à rien. Et Nicolas, l’ami de Claudine, qui ne la désirait pas car il savait qu’elle ne cherchait pas, en vrai,une relation de désir, mais qui désire Pauline, car il sait qu’elle cherche une relation réelle. Ces deux hommes sont opposés, l’un est bosseur, en pleine réussite. L’autre est beau garçon, mais en totale loose. La construction d’une femme pleine et entière comme recherche de guides et/ou d’accompagnant...

Car ce qui choque un peu, quand même, c’est la dureté et le côté superficiel des vies de ces personnages. Même en bossant à La Défense, dans un système un peu déshumanisé, il y a quand même souvent le rire et la complicité. Là, rien. Dureté absolue, et vide absolu des réalisations des personnages (sauf le boss, dont l’argent coule à flot).

J’aime beaucoup les opus de Mme Despentes, mais, tudieu, elle gagnerait à boire un grand bol d’optimisme tous les matins.

Navigation

Mots-clés de l'article