La vraie vie de Kévin

samedi 12 avril 2014
par  sylvain
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Antoine est un ado sans avenir, et presque sans présent. Ses journées se déroulent entre jeux vidéos, jeux sur smartphone, Facebook, quelques bières avec son copain Brandon, et accessoirement, un collège qui ne lui apportera aucun espoir d’avenir.

Antoine est producteur d’émissions de télé. Télé réalité. Adulé pour "On a échangé nos cancers", honni et ruiné pour "qui veux euthanasie mon père". Et sa nouvelle idée est simple : gagner de l’argent, beaucoup d’argent, en laissant les internautes guider la vie d’un ado.

Kévin se lève, les spectateurs votent pour "tee-shirt ou chemise". Kevin arrive au collège, les spectateurs votent pour "embrasser Jessica ou Cindy". Cela fonctionne, mais il faut accélérer, aller plus fort plus loin, divertir. Et un présentateur qui soit à la hauteur, pour mettre la vie de Kévin en exergue.

Alors c’est parti. Kévin est adulé de tous, et on le guide vers les cuisses de Cindy, vers une nouvelle maison, son père perd son travail et se suicide, mais un sosie de Lady Gaga vient faire un concert pour lui...


Commentaires

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jeudi 24 avril 2014 à 23h51 - par  sylvain

Tiens, enfin quelque chose de nouveau.

J’avais lu quelques critiques positives de cet opus, et donc été tenté de le lire. Et je n’ai pas été déçu.

Côté écriture, il y a un ton amusant, variable selon les personnages, comme un montage de reportage.

Côté intrigue, on est dans le suivi d’une sorte de "Plus belle la Vie", mais en plus dense, plus glauque, et surtout, en télé-réalité pilotée par les spectateurs. Si elle l’embrasse, c’est sur demande, et en vrai.

On imagine sans peine le frisson que donnerait une émission de ce type : pouvoir décider d’un acte sexuel, ou pas, à l’improviste d’un couloir, avec des "vrais gens", pas des acteurs. Tout en mangeant des ships sur son canapé...

On suit d’ailleurs l’impact d’une telle émission sur son producteur, l’affolement de la préparation, la gestion d’un "toujours plus" permettant de surfer sur l’audimat.

Et côté morale, il y a le constat désabusé que chacun mène sa vie un peu comme un jeu vidéo. Le "héros" passe du statut de joueur à celui de personnage, d’abord ravis des possibilités offertes par le fait de vivre dans un environnement conçu par d’autres, mais rapidement rattrapé par l’horreur qu’il y a à être la marionnette réalisant les pulsions de tous les malheureux promettant leurs rêves et leurs griefs sur un bout de viande humain qu’ils veulent voir jouir et souffrir.

Et les producteurs, finalement, ont un comportement similaire. Dans un espace de jeu "Parisien", ils accumulent des points (libellés en Euros), leur permettant d’acquérir la capacité à accroitre quelques pouvoirs et à être connus, sans que cela ne leur donne plus de profondeur ni de sagesse réelle.

C’est à la fois étonnant et attristant qu’un auteur aussi jeune soit capable d’une telle satire de ce monde. Derrière une fable somme toute comique se cache une dénonciation très bien écrite de l’inanité des rapports humains vécus par une majorité de nos concitoyens.

Merci à Blandine d’avoir acheté ce livre, j’ai vraiment aimé.

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