L’ombre de ce que nous avons été

mercredi 6 août 2014
par  sylvain
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Alors qu’il se rendait à son rendez-vous, le Spécialiste reçoit, du fait d’une dispute conjugale entre Concha et Coco Aravena, un tourne disque Dual, à la solidité toute teutonne, sur le crâne. Il en meurt.

Les trois sexagénaire qu’il avait réunis pour tenter le coup, après s’être retrouvés en sont réduits à manger des poulets et boire un peu de vin en l’attendant, et surtout, échanger les souvenirs des luttes de leur jeunesse, et puis, les souvenirs de l’exil et du retour dans ce Chili qui avait tellement changé.

Et puis Coco, craignant de se retrouver coincé par un policier, se rend au rendez-vous à la place du Spécialiste, alors que sa femme avoue aux policiers venus enquêter sur cette mort surprenante qu’elle est l’auteur du jet du tourne-disque.

Coco et les trois sexagénaires, tous anciens d’un des Partis Communistes chiliens, réalisent néanmoins le coup que le Spécialiste avait préparé à leur attention. Et le policier, dépêché sur les lieux, y trouve les traces des exactions passées, qu’il communique à la presse plutôt qu’à la justice de son pays, souvent trop conciliante...

Les dernières volonté du Spécialiste, l’un des derniers anarchiste, seront réalisées. Parce qu’on est libre que tant qu’on lutte pour cela.


Commentaires

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dimanche 10 août 2014 à 17h33 - par  sylvain

Je m’aperçois que j’ai oublié de vous parler du titre, qui est par lui même un bon résumé de l’esprit de ce livre.

A première lecture, "L’ombre de ce que nous avons été" semble bien évidemment un titre qui fleure l’apitoiement sur un passé qui fût glorieux, mais dont il ne reste que des souvenirs. Comme dans la phrase "il n’est plus que l’ombre de lui-même".

Mais à y regarder de plus près, il y a aussi une autre compréhension de cette sentence.

En effet, en photo, ce sont les ombres qui donnent le relief et la vie d’une photo. Car les ombres précisent la lumière, l’organisent, la structurent. Elles sont le prolongement, l’avenir des rayons qui frappent le sujet.

Et ici, c’est identique. Cette ombre, c’est ce qui reste de ce passé un peu glorieux, ce qui reste de bon dans la société Chilienne, et qui est l’espoir de l’avenir de ce pays, en tout cas tel que le voit l’auteur.

Une raison de plus de lire l’opus.

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mercredi 6 août 2014 à 17h33 - par  sylvain

Dieu que c’est beau. Le talent d’un écrivain est une chose formidable : à l’aide d’une petite histoire d’un peu plus de 100 pages, sans effets spéciaux ni quoi que ce soit d’autres, L. Sepulveda donne à voir l’âme d’un pays, le déchirement qu’il a vécu et la façon dont il en sort, aujourd’hui.

On est d’abord surpris par le contenu de l’opus. Mais bien vite, il apparait un peu comme dans "100 ans de solitude" que derrière chaque détail se cachent beaucoup plus que l’objet ou la personne qui est décrite. A travers ces 8 personnages (le Spécialiste, les trois sexagénaires, Coco et Concha puis le policier et la policière) se mêlent à la fois l’histoire du Chili, mais aussi son devenir. L’espoir que peuvent faire naître certains jeunes, nés après les événements de 1971, et aussi certains Chiliens qui n’ont pas fuit la répression, mais qui sont restés fidèles à l’esprit de liberté de l’ère Allende.

On pourrait presque penser que le tourne-disque, par sa provenance (Allemagne) et ce qu’il représente comme objet de promotion (à la fois la culture populaire mais aussi l’accès (volontaire ou subi) à une autre culture, celle qui vient des disques US) et comme objet technologique (venant donc de l’extérieur) est une sorte de symbole de la raison ayant rendu caduque les envolées gauchistes et anarchistes du pays.

Tout cela est géant, jubilatoire, et emprunt d’une énorme tendresse à l’égard de ces chiliens qui ont fait ou feront le pays.

J’ai lu dans un article du net qu’il s’agissait d’un récit sur les perdants de l’histoire. Cela me semble totalement faux.

Certes, ces personnages ont beaucoup perdu. Ceux qui ont vécu l’exil se sont attachés à une nouvelle patrie, y ont laissé une vie, avec femme et enfants, pour revenir dans ce Chili qu’ils ont aimé à presque en mourir. Et ce retour fut pour eux un déchirement, le retour vers un pays qu’ils ne connaisse tolus, et dans lequel ils n’ont plus de place, car ce sont des oubliés de l’histoire officielle. Ceux qui sont restés ont vécu la torture physique, ou ont du, pour survivre, mettre un mouchoir sur les espoirs.

Néanmoins, à travers cette histoire, chacun trouve à la fin du chemin sa grandeur et son honneur, ce qui est in fine ce à quoi ils tiennent plus que tout. L’un meurt, comme il l’avait souhaité, deux autres dispersent à la presse les preuves des crimes sur lesquels qu’ils n’ont pu enquêter, les derniers trouvent en guise de récompense le pactole qu’une vie normale leur aurait permis d’amasser.

Par delà l’image un peu triste qu’elle donne, cette histoire est avant tout une invitation au courage des convictions.

A lire absolument.