Vernon Subutex

samedi 4 avril 2015
par  sylvain
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Vernon avait été disquaire. il faut dire que plus jeune, il avait tourné dans divers groupes, à la grande époque du rock. Et puis il y a eu le téléchargement, alors sa boutique a fermé, et il est resté avec ses vieux vinyls et ses souvenirs. Et puis fin du RSA un jour que la connasse de pole-emploi n’avait pas apprécié qu’il lui dise qu’il lui arrivait de jouer un peu sur le net.

Alors descente aux enfers, vente des vinyls, disparition des souvenirs. Saisie de l’appart, puis la rue. Enfin d’abord, quelques ex-copines à qui il dit qu’il revient du Canada, pour expliquer l’absence de nouvelles pendant 10 ans, mais globalement, il faut les écouter après les avoir baisées, et ce n’est pas toujours facile, quand on préfère une intro à la gratte à la voix d’une mémé de 50 ans.

Le seul truc qu’il avait gardé, c’étaient les enregistrements d’Alex Bleach qu’il avait fait, un jour qu’il était passé chez lui complètement défoncé, comme il le faisait souvent en mémoire de leurs jeunes années. Quand ils jouaient ensemble, baisaient les mêmes groupies (enfin surtout Alex), et qu’on ne voyait déjà que lui. Comme si la lumière et les yeux des gens étaient attirés par sa présence.

Ces enregistrements, il ne les avaient jamais écoutés, mais c’était le lien avec ses plus belles années, et cela provenait du seul mec qui ne l’avait jamais complètement oublié. Alors...

Alors quand il était mort d’overdose, Vernon s"était dit que cela représentait peut-être la seule façon de comprendre ce qu’il avait été, pourquoi il avait arrêté de faire de la vraie musique depuis 15 ans. Et comme il y a beaucoup de petits malins, d’autres s’étaient dit la même chose, et voulaient le retrouver.

Mais lui, maintenant, il était dans la rue, la vraie.


Commentaires

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jeudi 14 mai 2015 à 20h15 - par  sylvain

Les opus de Mme Despentes sont en général des mondes dans lesquels j’aime m’engloutir.

Ici, l’auteur s’essaye à une trilogie. C’est bien, il en reste donc deux à lire.

Et j’ai retrouvé cette qualité rare de Mme Despentes à nous faire entrer dans la tête de ses personnages, non pas à les décrire, mais à transmettre le fait d’être eux. Avec bien sûr cette propension à l’étude des univers un peu glauques, ceux à côté desquels on passe sans trop regarder quand on est un "bourgeois".

Mais le rythme global de l’opus pâtit de la distance qu’il faut tenir pour remplir une trilogie.

J’attends avec impatience les autres tomes pour goûter la suite.

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